L'amblyopie (CIM-10 H53.0), improprement appelée « œil paresseux », est une baisse d'acuité visuelle uni- ou bilatérale sans lésion organique décelable, liée à une privation de stimulation visuelle pendant la période critique de développement (0 à 7-8 ans). Elle touche environ 2 à 3 % des enfants. Son traitement précoce permet une récupération dans la majorité des cas.

2-3 %
Prévalence chez l'enfant
< 7-8 ans
Période critique pour traiter efficacement
3 causes
Strabisme / anisométropie / privation

Mécanismes de l'amblyopie

TypeCause
Amblyopie strabiqueUn œil qui louche est « éteint » par le cerveau pour éviter la diplopie (vision double). 40 à 50 % des amblyopies.
Amblyopie anisométropiqueDifférence de correction optique importante entre les deux yeux (> 1,5 D en hypermétropie, > 3 D en myopie, > 1,5 D en astigmatisme). L'œil moins net n'est pas investi par le cortex visuel.
Amblyopie bilatérale (isométropique)Forte amétropie bilatérale non corrigée (hypermétropie > +5 D typiquement).
Amblyopie de privationObstacle à la formation d'une image nette : cataracte congénitale, ptosis sévère, opacité cornéenne, hémangiome palpébral obstructif. C'est la forme la plus sévère et la plus difficile à récupérer.

Dépistage — signes d'alerte

Signes devant faire consulter un ophtalmologue

  • Strabisme intermittent ou constant après l'âge de 4-6 mois.
  • Enfant qui ferme un œil à la lumière ou pour regarder.
  • Tête penchée ou tournée constante (torticolis oculaire).
  • Enfant qui se rapproche de la télévision, tient les objets très près du visage, plisse les yeux.
  • Absence de fixation ou de poursuite visuelle avant 3 mois.
  • Leucocorie (reflet blanc de la pupille sur photo avec flash) — urgence : écarter cataracte congénitale ou rétinoblastome.
  • Antécédent familial de strabisme, d'amblyopie ou de forte amétropie.

Examen diagnostique

  1. Acuité visuelle adaptée à l'âge : test de Cardiff ou Lea chez le tout-petit, échelle de Pigassou ou E de Snellen à partir de 3 ans.
  2. Réfraction sous cycloplégie (collyre atropine ou cyclopentolate) : mesure objective de la correction optique, indispensable chez l'enfant.
  3. Cover-test, cover-uncover test : dépistage d'un strabisme manifeste ou latent.
  4. Examen du fond d'œil dilaté : écarter une cause organique (rétinoblastome, hypoplasie papillaire, atrophie optique).
  5. Lampe à fente : écarter cataracte, opacité cornéenne.

Traitement

Étape 1 : correction optique totale

Toujours en premier. Les lunettes doivent être portées en permanence. Pour les anisométropies modérées, la correction seule peut suffire en 6 à 18 semaines (PEDIG ATS5). C'est seulement en cas de persistance de l'amblyopie qu'on ajoute un traitement actif.

Étape 2 : traitement actif (occlusion ou pénalisation)

  • Occlusion : cache adhésif ou tissu sur l'œil dominant, 2 à 6 heures par jour selon la sévérité.
  • Pénalisation à l'atropine : 1 goutte d'atropine 0,5 ou 1 % dans l'œil dominant (souvent 1 à 2 fois par semaine), floutant sa vision de près pour obliger l'œil amblyope à travailler.
  • Pénalisation optique : sur-correction ou verre dépoli sur l'œil dominant.
  • Rééducation orthoptique complémentaire en cas de strabisme associé.

Références : Pediatric Eye Disease Investigator Group (PEDIG) — ATS1 (occlusion vs atropine, Arch Ophthalmol 2002), ATS2, ATS3 (enfants > 7 ans), ATS5 (lunettes seules).

Étape 3 : traitement d'une cause organique

Chirurgie précoce d'une cataracte congénitale (< 6 semaines pour l'amblyopie monoculaire), levée d'un ptosis obstructif, traitement d'un strabisme résiduel après rééducation. La chirurgie du strabisme est réalisée par un strabologue dédié.

Suivi

  • Contrôle ophtalmologique toutes les 6 à 12 semaines pendant la phase active.
  • Adaptation du protocole en fonction de l'observance et des progrès.
  • Sevrage progressif (1 h de moins par jour toutes les 4-6 semaines) pour réduire le risque de récidive.
  • Surveillance annuelle jusqu'à 10-12 ans.

Pronostic

Un traitement commencé avant 5 ans permet une récupération d'acuité normale ou quasi-normale dans 70 à 80 % des cas pour les amblyopies modérées. Le pronostic est moins bon pour les amblyopies sévères (< 1/10), de privation, ou pour un traitement débuté après 7 ans. Environ 25 % des enfants présentent une récidive dans les deux ans, d'où l'importance du suivi prolongé.

Prendre rendez-vous

Bilan complet, mesure de la correction optique, adaptation ou suivi spécialisé au cabinet Ophtalife, Boulogne-Billancourt.

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Auteur et révision médicale

Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.

Contenu rédigé et revu selon les recommandations de la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) et de la WSPOS (World Society of Paediatric Ophthalmology and Strabismus).
Dernière révision : 20 avril 2026.