L'injection intravitréenne (IVT) est devenue, depuis 2006, le traitement de référence d'un grand nombre de pathologies maculaires (DMLA exsudative, œdème maculaire diabétique, œdème maculaire post-OVR, néovaisseaux myopiques). Elle consiste à délivrer un médicament (anti-VEGF ou corticoïde) directement dans la cavité vitréenne, pour obtenir une concentration élevée au contact de la rétine. Elle a transformé le pronostic fonctionnel de plusieurs millions de patients dans le monde.
Pourquoi une injection dans l'œil ?
La rétine est protégée par la barrière hémato-rétinienne, qui empêche un médicament donné par voie générale d'atteindre efficacement les tissus ciblés. L'IVT permet de :
- Obtenir une concentration thérapeutique élevée directement au contact de la macula.
- Limiter les effets systémiques de la molécule.
- Assurer une libération progressive (plusieurs semaines pour les anti-VEGF, plusieurs mois pour l'Ozurdex, jusqu'à 3 ans pour l'Iluvien).
Les principales indications
DMLA exsudative (néovasculaire)
Traitement de référence des néovaisseaux choroïdiens. Initiation par 3 injections mensuelles (loading phase), puis adaptation du rythme selon le protocole choisi (Treat & Extend, PRN). Molécules principales : aflibercept (Eylea 2 mg ou 8 mg), ranibizumab (Lucentis), faricimab (Vabysmo), brolucizumab (Beovu). Voir DMLA.
Œdème maculaire diabétique (OMD)
1ère ligne : anti-VEGF (aflibercept, ranibizumab, faricimab, brolucizumab). 2ème ligne : corticoïdes intravitréens (Ozurdex = dexaméthasone, Iluvien = acétonide de fluocinolone 190 µg). Les corticoïdes exposent à cataracte (quasi constante chez le phaque) et hypertonie oculaire. Voir Rétinopathie diabétique.
Occlusions veineuses rétiniennes (OVR)
Œdème maculaire post-OVCR ou OBVR : anti-VEGF en 1ère ligne, Ozurdex en 2ème ligne. Voir Occlusions veineuses rétiniennes.
Néovaisseaux choroïdiens myopiques (mCNV)
Anti-VEGF en protocole PRN (1 à 3 injections dans la majorité des cas). Excellent pronostic si traitement précoce. Voir Myopie forte.
Autres indications
- Néovaisseaux post-uvéitiques, choriorétinopathie séreuse centrale chronique avec composante néovasculaire.
- Rétinopathie prématurité (traitement néonatal spécialisé).
- Œdème maculaire post-chirurgical (Irvine-Gass), post-uvéitique.
- Certaines hémorragies sous-rétiniennes (en association avec gaz et/ou anti-VEGF).
Les molécules utilisées
Anti-VEGF — inhibiteurs de la néo-angiogenèse
- Aflibercept (Eylea®) : 2 mg classique, 8 mg (2024) permet d'espacer à 12-16 semaines.
- Ranibizumab (Lucentis®) : 0,5 mg, molécule pionnière de 2006.
- Faricimab (Vabysmo®) : molécule bispécifique anti-VEGF + anti-Ang2, permettant un espacement à 16 semaines chez une partie des patients.
- Brolucizumab (Beovu®) : molécule de petite taille, efficacité importante mais signal de sécurité (uvéites, vascularites rétiniennes occlusives).
- Bevacizumab (Avastin®) : utilisation hors AMM en ophtalmologie, molécule de référence internationale mais non remboursée en France dans cette indication.
Corticoïdes intravitréens
- Ozurdex® (implant de dexaméthasone 0,7 mg, bio-résorbable, durée d'action 4 à 6 mois).
- Iluvien® (implant d'acétonide de fluocinolone 190 µg, non résorbable, durée d'action jusqu'à 3 ans).
- Triamcinolone (utilisation hors AMM dans certaines indications).
Contraintes à connaître : cataracte post-opératoire quasi constante chez le phaque, hypertonie oculaire dans ~30 % des yeux (nécessitant parfois un collyre hypotonisant temporaire, voire une chirurgie).
Déroulement de l'injection — étape par étape
Avant l'injection
- Consultation avec examen ophtalmologique complet et OCT maculaire.
- Indication posée et accord du patient (consentement éclairé).
- Pas d'arrêt nécessaire des anticoagulants / antiagrégants.
- Venir propre le jour de l'injection (douche, cheveux attachés, pas de maquillage).
- Venir accompagné si possible (la vision peut être floue dans les heures qui suivent).
Le geste
- Installation en salle dédiée aux normes ISO7 (pièce au propre).
- Anesthésie topique (collyre oxybuprocaïne ou tétracaïne, appliqué plusieurs minutes avant).
- Désinfection soigneuse de la peau péri-orbitaire et de la conjonctive à la Povidone iodée 5 % (ou chlorhexidine 0,05 % en cas d'allergie). C'est l'étape clé pour la prévention de l'endophtalmie.
- Mise en place d'un champ stérile et d'un blépharostat (écarteur palpébral).
- Injection avec une aiguille 30G à 3,5-4 mm du limbe en pars plana, dans le quadrant temporal inférieur ou supérieur. Durée 1-2 minutes.
- Contrôle de la perception lumineuse immédiatement après.
Après l'injection
- Sensation de sable, démangeaison, larmoiement dans les heures qui suivent (liés à la Povidone iodée). Les larmes artificielles sont recommandées.
- Parfois mouches volantes nouvelles (bulles d'air dans le vitré), transitoires.
- Hémorragie conjonctivale possible, bénigne.
- Collyre antibiotique pendant 3-5 jours (optionnel selon les équipes).
- Pas de piscine pendant 48 h, éviter le frottement.
- La vision peut rester floue quelques heures.
Les protocoles de suivi
Phase d'induction (Loading phase)
En début de traitement, 3 à 5 injections mensuelles sont généralement nécessaires pour assécher l'œdème maculaire ou stabiliser les néovaisseaux, selon la molécule et la pathologie.
Protocole PRN (Pro Re Nata)
Surveillance mensuelle par OCT, injection si besoin (récidive d'œdème, de fluide, ou baisse visuelle). Peu d'injections totales mais visites fréquentes.
Protocole Treat & Extend (T&E)
Référence actuelle pour la DMLA exsudative. Injection à chaque visite, avec espacement progressif de 2 semaines à chaque fois si l'œil reste « sec » à l'OCT. Espacement maximal : 12 à 16 semaines selon la molécule. Réduit les visites et les injections au minimum nécessaire.
Schéma fixe
Utilisé dans certains essais thérapeutiques ou chez des patients difficiles à suivre : intervalle fixe entre les injections (souvent mensuel ou bimestriel), sans adaptation à la réponse.
Risques et complications
- Endophtalmie : complication redoutable mais rare (~1/3000-5000) grâce aux protocoles d'asepsie modernes.
- Hypertonie oculaire transitoire (quelques minutes à heures). Hypertonie durable possible avec les corticoïdes.
- Hémorragie sous-conjonctivale : bénigne, résolutive en 7-10 jours.
- Uvéite inflammatoire stérile, rare (0,5-1 %), plus fréquente avec brolucizumab.
- Déchirure rétinienne, décollement de rétine : exceptionnels.
- Cataracte traumatique : exceptionnelle (ponction du cristallin).
- Risques systémiques des anti-VEGF : débattus dans les études (événements cardiovasculaires ou AVC), mais en pratique clinique jugés très faibles aux doses intravitréennes.
Questions fréquentes
Vais-je voir l'aiguille venir ?
Non. L'aiguille est très fine (30G) et insérée latéralement, hors de votre axe visuel. Vous pouvez apercevoir une ombre passagère, mais pas l'aiguille elle-même. De nombreux patients sont agréablement surpris par le côté très atténué du geste.
Combien de temps dure l'effet d'une injection d'anti-VEGF ?
En général 4 à 12 semaines selon la molécule et le patient. Avec les nouvelles molécules (aflibercept 8 mg, faricimab), des intervalles de 12 à 16 semaines sont atteignables chez une partie des patients.
Puis-je conduire après l'injection ?
Non. La dilatation et la gêne post-injection rendent la conduite déconseillée pendant les heures qui suivent. Il est recommandé de venir accompagné ou d'utiliser un transport adapté.
Que se passe-t-il si j'arrête les injections ?
Le risque est une récidive de la maladie : reprise de la croissance néovasculaire dans la DMLA, nouvel œdème maculaire dans l'OMD ou l'OVR, avec baisse visuelle parfois irrécupérable. L'observance du suivi est donc essentielle.
Les injections se font-elles en hôpital ou en cabinet ?
Les deux. En France, elles peuvent être réalisées au cabinet (en salle dédiée aux normes) ou en hôpital / clinique. L'essentiel est que les conditions d'asepsie soient respectées.
Auteur et révision médicale
Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien Ophtalmologue, Rétinologue. DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024), DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023), FEBO 2022. Praticien Contractuel au CHNO des Quinze-Vingts. Injections réalisées selon les protocoles d'asepsie stricte en salle dédiée au Cabinet Ophtalife.
Suivi et injections intravitréennes à Boulogne-Billancourt
Suivi de DMLA, d'œdème maculaire diabétique, d'occlusion veineuse rétinienne ou de néovaisseaux myopiques ? Le Cabinet Ophtalife dispose d'une salle d'injection dédiée pour assurer vos IVT dans des conditions d'asepsie optimales.
Prendre rendez-vous en ligneCette page a un but d'information et ne se substitue pas à une consultation médicale.