Le chalazion est un kyste inflammatoire chronique de la paupière, formé par l'obstruction d'une glande de Meibomius (glande sébacée située dans le tarse palpébral). Les sécrétions lipidiques s'accumulent et déclenchent une réaction inflammatoire lipogranulomateuse. C'est une pathologie bénigne et fréquente, non contagieuse, qui survient souvent sur un terrain de blépharite ou de rosacée. Il ne faut pas le confondre avec l'orgelet, qui est une infection aiguë d'un follicule pileux de cil.
Mécanisme
Chaque paupière comporte environ 25 à 40 glandes de Meibomius, situées dans le tarse, qui produisent la couche lipidique du film lacrymal. Quand l'orifice d'une glande s'obstrue (par des sécrétions épaissies, une inflammation chronique du bord libre, ou une infection bactérienne chronique), le meibum ne peut plus s'écouler. La glande se distend, puis éclate dans le tarse, entraînant une réaction inflammatoire lipogranulomateuse typique du chalazion.
Chalazion ou orgelet : comment faire la différence ?
Chalazion
- Localisation profonde dans le tarse (bien loin du bord libre).
- Nodule ferme, parfois palpable au travers de la paupière.
- Souvent indolore, sauf en phase aiguë inflammatoire.
- Évolution chronique (semaines à mois).
- Cause : obstruction lipidique + inflammation (non infectieux au départ).
Orgelet (hordeolum externe)
- Localisation superficielle, à la base d'un cil.
- Abcès rouge et douloureux, avec pointe purulente.
- Évolution aiguë (quelques jours).
- Cause : infection d'un follicule pileux, typiquement à Staphylococcus aureus.
Un orgelet peut parfois évoluer secondairement vers un chalazion si l'obstruction glandulaire persiste après la résolution de l'infection.
Symptômes
- Nodule palpébral unique ou multiple, ferme à la palpation.
- Gonflement localisé de la paupière, parfois visible avec une légère rougeur cutanée en regard.
- Sensation de pesanteur ou de corps étranger.
- Douleur modérée en phase inflammatoire, par ailleurs souvent indolore.
- Dans les volumineux chalazions : gêne mécanique, astigmatisme induit, appui sur la cornée (risque de baisse visuelle fluctuante).
Traitement médical (première intention)
1. Soins locaux — traitement de référence
C'est le pilier du traitement et il doit être rigoureusement conduit :
- Compresses chaudes appliquées sur la paupière fermée pendant 5 à 10 minutes, 3 à 4 fois par jour. La chaleur (autour de 40-42 °C) ramollit les sécrétions lipidiques obstructives. Une alternative pratique : masques thermiques (MGDRx EyeBag, Blephasteam, Optase Moist Heat Mask) ou simplement une compresse tiède.
- Massage palpébral immédiatement après la chaleur : pressions douces verticales, de la base du tarse vers le bord libre, pour faire cheminer les sécrétions et libérer les orifices glandulaires. Environ 1 à 2 minutes par paupière.
- Hygiène du bord libre avec un produit dédié (type Blephagel®, Blephaclean®, Posiforlid®, Théaliens®) matin et soir, pour désobstruer les orifices des glandes de Meibomius.
2. Traitement médicamenteux topique (selon les cas)
En phase inflammatoire (rougeur, tuméfaction douloureuse), une pommade ou un collyre antibio-corticoïde peut être prescrit sur quelques jours :
- Sterdex® (oxytétracycline + dexaméthasone) pommade ophtalmique, 2 applications par jour sur 5 à 7 jours.
- Tobradex® (tobramycine + dexaméthasone), collyre ou pommade, selon le contexte.
Ces produits sont à utiliser sur prescription (risque d'hypertonie cortico-induite en usage prolongé, contre-indication en cas d'infection herpétique oculaire).
3. Prise en charge du terrain
Dans tous les cas, la prise en charge d'une éventuelle blépharite, d'une rosacée oculaire ou d'un dysfonctionnement meibomien (MGD) est indispensable pour prévenir les récidives. Voir Blépharite et Sécheresse oculaire.
Traitement chirurgical : incision-curetage
Indications
- Chalazion persistant au-delà de 4 à 6 semaines malgré un traitement médical bien conduit.
- Chalazion volumineux avec retentissement esthétique ou mécanique (gêne, astigmatisme induit).
- Chalazion récidivant au même endroit.
Déroulement
- Anesthésie locale par infiltration (lidocaïne 1 % ou bupivacaïne 0,5 %) après anesthésie topique conjonctivale.
- Mise en place d'un clamp à chalazion qui immobilise la paupière et expose le tarse.
- Incision verticale de la face conjonctivale (voie postérieure) — pour éviter toute cicatrice cutanée — ou parfois cutanée (voie antérieure) pour les chalazions très superficiels.
- Curetage du contenu granulomateux à l'aide d'une curette.
- Hémostase par compression douce, pansement occlusif avec pommade antibio-corticoïde pendant quelques heures.
Geste ambulatoire, durée 15-20 minutes, reprise des activités dès le lendemain.
Suites opératoires
- Ecchymose possible pendant 5 à 10 jours.
- Pommade antibio-corticoïde (Sterdex® ou Tobradex®) 2 fois par jour pendant 5 à 7 jours.
- Reprise du maquillage après 5-7 jours de cicatrisation.
- Poursuite des soins de paupière pour prévenir la récidive.
Injection intralésionnelle de corticoïdes : option de seconde intention
L'injection intralésionnelle de corticoïdes retard (triamcinolone acétonide) a été décrite dans la littérature comme une alternative à l'incision-curetage pour certains chalazions persistants. Elle permet une résolution rapide dans une majorité de cas.
Cas particulier : chalazion de l'enfant
Chez l'enfant, les chalazions sont fréquents, souvent bilatéraux et récidivants. La prise en charge repose en priorité sur les soins locaux (compresses chaudes, nettoyage des paupières). L'incision-curetage, quand elle est nécessaire, se fait généralement sous anesthésie générale courte chez le jeune enfant. En cas de chalazions récidivants, rechercher une rosacée de l'enfant (papulo-pustuleuse du visage) ou une allergie alimentaire.
Prévention des récidives
- Soins de paupière quotidiens (compresses tièdes + hygiène du bord libre) comme une mesure d'hygiène de long terme. Voir Blépharite.
- Traitement actif de toute blépharite ou sécheresse oculaire associée.
- En cas de rosacée oculaire avec chalazions récidivants, une doxycycline orale à posologie anti-inflammatoire (50-100 mg/jour) peut être prescrite pendant 1 à 3 mois, sous contrôle médical.
- Démaquillage soigneux chaque soir, éviction des eyeliners appliqués en interne au ras du bord libre.
Questions fréquentes
Un chalazion est-il contagieux ?
Non. Contrairement à l'orgelet (infection bactérienne), le chalazion est un phénomène inflammatoire lié à l'obstruction d'une glande sébacée. Il n'est pas transmissible.
Peut-on percer soi-même un chalazion ?
Non, c'est fortement déconseillé. Une manipulation ou une incision non stérile expose à un risque infectieux, cicatriciel et à une aggravation du phénomène inflammatoire. En cas de chalazion persistant, une consultation permet un traitement adapté.
Peut-on maquiller un chalazion ?
Tant que le chalazion est en phase inflammatoire aiguë, il est préférable d'éviter le maquillage qui peut aggraver l'obstruction glandulaire. Après résolution, le démaquillage soigneux quotidien est essentiel.
Les compresses chaudes sont-elles vraiment utiles ?
Oui, ce sont le traitement le plus efficace et le plus validé. La chaleur (40-42 °C) ramollit le meibum solidifié, et le massage qui suit permet de libérer les orifices glandulaires. Plusieurs études cliniques ont démontré que ces soins pluriquotidiens permettent la résolution de plus de 70 % des chalazions sans chirurgie.
Auteur de cette page
Dr Alexandre Majoulet — Ophtalmologue, FEBO.
Ancien Chef de Clinique des Universités / Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts, service du Pr Christophe Baudouin — surface oculaire).
ORCID : 0000-0003-1116-1937 — RPPS : 10101500121.
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