Urgence rétinienne : le jour même ou sous 24-48 h — conduite à tenir01 84 19 11 66 · 37 rue d’Aguesseau, Boulogne-Billancourt · Secteur 2 conventionné

La vitrectomie consiste à retirer le vitré, le gel transparent situé à l’intérieur de l’œil, pour accéder à la rétine et traiter certaines maladies rétiniennes, comme un décollement de rétine, une membrane épirétinienne ou un trou maculaire. Réalisée par voie mini-invasive (micro-orifices de 0,4 à 0,5 mm), elle se fait en ambulatoire sous anesthésie locorégionale.

Un avis sur une intervention de la rétine

Le Dr Majoulet vous reçoit en consultation libérale au Cabinet Ophtalife, à Boulogne-Billancourt. Les interventions libérales ont lieu à la Clinique Jouvenet, Paris 16.

Préparer votre consultation rétine

Qu’est-ce que le vitré ?

Le vitré est un gel transparent composé à 98 % d’eau, de fibres de collagène et d’acide hyaluronique. Il occupe la cavité postérieure de l’œil, entre le cristallin et la rétine. Avec l’âge, il se liquéfie et peut se détacher de la rétine : c’est le décollement postérieur du vitré (DPV). Dans les pathologies rétiniennes, le vitré peut :

  • Tirer sur la rétine (tractions vitréo-rétiniennes) : déchirures, trous maculaires.
  • Former des membranes qui déforment la rétine (membranes épirétiniennes).
  • Être opacifié par du sang (hémorragie intravitréenne) ou par de l’inflammation (vitrites, endophtalmies).
  • Permettre la migration de cellules qui forment des néovaisseaux ou des tractions (rétinopathie diabétique).

Indications principales de la vitrectomie

Décollement de rétine rhegmatogène

Traitement chirurgical des décollements de rétine par déchirure(s) : vitrectomie + recherche et traitement des déchirures (laser ou cryo) + tamponnement par gaz ou huile de silicone. Algorithme du Dr Majoulet : une indentation sclérale est privilégiée lorsque trois conditions sont réunies — patient de moins de 45 ans, œil phaque, déchirure facilement indentable. Dans tous les autres cas (patient plus âgé, pseudophake, déchirures multiples ou postérieures, cas complexes), la vitrectomie postérieure 25G (PPV) est retenue. Voir Chirurgie du décollement de rétine et Décollement de rétine (fiche pathologie).

Trou maculaire idiopathique

Vitrectomie + pelage de la MLI (membrane limitante interne) à l’aide d’un colorant vital + tamponnement par gaz (SF6 ou C2F6). Taux de fermeture anatomique > 90 %. Voir Trou maculaire.

Membrane épirétinienne

Vitrectomie + pelage de la membrane épirétinienne (MER) + pelage MLI (geste optionnel selon les équipes et les études récentes). Indication posée sur le retentissement fonctionnel (baisse visuelle, métamorphopsies marquées). Voir Membrane épirétinienne.

Rétinopathie diabétique proliférante — complications sévères

Indications : hémorragie intravitréenne ne se résorbant pas, décollement de rétine tractionnel, prolifération fibro-vasculaire maculaire. Geste complexe, souvent long, avec endolaser panrétinien, pelage des membranes tractionnelles et parfois tamponnement par silicone. Voir Rétinopathie diabétique.

Hémorragie intravitréenne sévère ou persistante

Cause fréquente : rétinopathie diabétique proliférante, déchirure rétinienne avec saignement d’un vaisseau, néovaisseaux choroïdiens. La vitrectomie permet l’évacuation et le traitement étiologique.

Autres indications

  • Luxation postérieure de cristallin ou d’implant.
  • Fovéoschisis myopique, trou maculaire myopique.
  • Endophtalmie (infection intraoculaire) — urgence chirurgicale.
  • Corps étrangers intraoculaires.
  • Vitrite / uvéites postérieures réfractaires, suspicion de lymphome oculaire (biopsie diagnostique).
  • Corps flottants invalidants (indication à discuter au cas par cas, balance bénéfice/risque).

Déroulement de l’intervention

25G / 27G
Calibre des micro-incisions
~45-90 min
Durée moyenne
Ambulatoire
Sortie le même jour

Avant l’opération

  • Bilan pré-opératoire complet : OCT, rétinographie, biométrie, échographie B si milieux troubles.
  • Consultation d’anesthésie préalable.
  • Anticoagulants et antiagrégants : en général poursuivis (chirurgie peu hémorragique) ; la conduite est fixée lors de la consultation d’anesthésie.
  • Jeûne pré-opératoire strict (6 h d’aliments, 2 h de liquides clairs).
  • Arrivée à l’hôpital le matin de l’intervention, sortie en fin de journée.

Pendant l’opération

Le patient est installé, l’anesthésie locorégionale (péribulbaire ou sous-ténonienne) est réalisée. L’œil est désinfecté (Bétadine ophtalmique). Le chirurgien met en place 3 trocarts transconjonctivaux de 25G (0,5 mm) ou 27G (0,4 mm) au niveau de la pars plana (zone sécurisée, 3,5-4 mm du limbe) :

  1. Un trocart pour l’infusion (maintien de la pression intraoculaire par BSS).
  2. Un trocart pour l’endo-illumination.
  3. Un trocart pour le vitréotome (instrument rotatif qui coupe et aspire le vitré).

Selon l’indication, le chirurgien peut ensuite réaliser : pelage de MLI (avec colorant bleu brillant), pelage de membrane épirétinienne, endolaser, cryoapplication, injection d’un tamponnement (BSS, air, gaz SF6/C2F6 ou huile de silicone).

Les tamponnements internes

Air (2-3 jours de résorption)

Tamponnement transitoire, souvent utilisé quand il suffit de maintenir une brève apposition rétinienne. Résorption rapide.

Gaz SF6 (hexafluorure de soufre) — ~2 semaines

Tamponnement intermédiaire. Mélange 18-20 % avec de l’air. Indiqué pour la majorité des trous maculaires et certains décollements simples.

Gaz C2F6 (perfluoroéthane) — 4 à 5 semaines

Tamponnement long, mélangé à de l’air à une concentration non expansive. Indiqué pour les décollements complexes, les trous maculaires larges ou anciens, certains décollements inférieurs.

Huile de silicone — permanent

Tamponnement prolongé (plusieurs mois à années, puis retrait chirurgical). Indiqué dans les décollements complexes, les formes récidivantes, les vitréorétinopathies prolifératives, la rétinopathie diabétique avec décollement tractionnel, les enfants.

Tant qu’une bulle de gaz est présente dans l’œil, les voyages en avion et en altitude sont contre-indiqués. Signalez sa présence à tout soignant avant une anesthésie ou un traitement de la douleur : le protoxyde d’azote (N₂O) est contre-indiqué. Les délais de résorption sont indicatifs ; les consignes de votre chirurgien priment pour organiser votre retour.

Le positionnement post-opératoire

Lorsque le tamponnement est gazeux, la bulle de gaz remonte à la partie supérieure de l’œil en position debout. Pour qu’elle appuie sur la zone à traiter, le patient doit adopter un positionnement spécifique :

  • Face vers le bas (face down) en cas de trou maculaire ou de pathologie maculaire.
  • Tête sur le côté en cas de déchirure latérale.
  • Position assise / dos contre la bulle en cas de pathologie inférieure.

La durée du positionnement dépend de la pathologie et du tamponnement : de quelques jours à une semaine environ, selon la taille du trou ou l’emplacement des déchirures (consignes précises remises avant la sortie). Des équipements (chaise de positionnement, matelas spéciaux) peuvent être proposés. La vision reste très limitée tant que la bulle est présente.

Suites opératoires et récupération

  • Collyres antibio-corticoïdes pendant 1 mois.
  • Contrôles : J7, M1, M3 au minimum.
  • Éviter de se frotter l’œil, piscine et sport de contact pendant 3-4 semaines.
  • Reprise du travail : selon la profession et la technique opératoire ; un arrêt de travail adapté est remis le jour de l’intervention.
  • Récupération visuelle : progressive, souvent plusieurs mois (selon la pathologie initiale et l’état de la macula).

Risques et complications

La vitrectomie mini-invasive moderne est une chirurgie sûre, mais comme toute chirurgie intraoculaire, elle comporte des risques. Les principaux sont :

  • Cataracte post-opératoire : quasi-constante dans les 12-24 mois chez un patient phaque > 50 ans. Une chirurgie combinée phacoémulsification + vitrectomie est souvent proposée d’emblée en chirurgie maculaire (pas dans le décollement de rétine, sauf cataracte gênant la chirurgie).
  • Hypertonie oculaire transitoire (inflammation, tamponnement) ou durable (glaucome post-vitrectomie).
  • Endophtalmie : rare, de l’ordre de 0,03 à 0,1 % (moins de 1 cas sur 1 000).
  • Nouveau décollement de rétine : 1 à 5 % selon les indications.
  • Hémorragie intra-vitréenne, déchirures iatrogènes.
  • Anomalies réfractives après huile de silicone (rare).
  • Œdème maculaire post-opératoire.

Pour aller plus loin — données scientifiques

La vitrectomie a connu deux évolutions majeures depuis les années 2000 : le passage aux micro-incisions transconjonctivales auto-obturantes (25G en 2002, 27G en 2010) et la systématisation du pelage de la membrane limitante interne (MLI) dans la chirurgie maculaire.

  • Pelage MLI dans le trou maculaire : le pelage de la MLI colorée (bleu brillant, Dual Blue) améliore significativement le taux de fermeture anatomique, qui dépasse aujourd’hui 90 % en un seul temps opératoire (méta-analyse Spiteri Cornish et al., Cochrane Database Syst Rev, 2013).
  • Cataracte post-vitrectomie : chez le patient phaque de plus de 50 ans, la progression d’une cataracte nucléaire est quasi-constante dans les 24 mois post-vitrectomie, ce qui motive la proposition fréquente d’une chirurgie combinée phaco-vitrectomie (Thompson, Am J Ophthalmol, 2004 ; Feng & Adelman, Clin Ophthalmol, 2014).
  • Endophtalmie : une revue systématique de 21 études (148 643 vitrectomies) retrouve une fréquence de l’ordre de 3 pour 10 000 en 20G et pas de sur-risque avec les micro-incisions 23-25G lorsque les incisions sont obliques, donc auto-étanches (Govetto et al., Ophthalmology, 2013).
  • Positionnement post-opératoire dans le trou maculaire : la posture face vers le bas n’influence pas la fermeture des trous < 400 µm (essai randomisé de Guillaubey et al., Am J Ophthalmol, 2008) ; pour les grands trous (≥ 400 µm), l’essai PIMS (Pasu et al., JAMA Ophthalmol, 2020) retrouve une fermeture comparable mais une meilleure acuité à 3 mois avec le face-vers-le-bas, et les méta-analyses d’essais randomisés (Hu et al., Acta Ophthalmol, 2016 ; Ye et al., BMC Ophthalmol, 2019) concluent de même. La durée prescrite reste adaptée à la taille du trou et au tamponnement retenu.

Les références ci-dessus sont citées à titre indicatif pour le lecteur averti et ne se substituent pas à l’information remise en consultation.

Questions fréquentes

La vitrectomie est-elle douloureuse ?

Non. Elle est réalisée sous anesthésie locorégionale péribulbaire ou sous-ténonienne, qui rend l’œil complètement insensible pendant l’intervention. Un confort anesthésique léger (midazolam) peut être associé. L’anesthésie générale est réservée aux cas complexes ou aux enfants.

Combien de temps dois-je rester face vers le bas ?

Cela dépend de la pathologie et du tamponnement. Pour un trou maculaire, un positionnement court (3 à 5 jours) suffit pour les petits trous (< 400 µm) ; pour les grands trous, 7 jours ou plus peuvent être conseillés. Pour un décollement de rétine, la position de la tête dépend de l’emplacement des déchirures. Le positionnement précis vous sera indiqué avant la sortie, avec un support écrit.

Vais-je retrouver toute ma vision ?

La récupération visuelle dépend essentiellement de l’état de la macula avant l’intervention. Elle est généralement excellente dans les trous maculaires pris en charge précocement, satisfaisante dans les membranes épirétiniennes, variable dans les décollements de rétine (dépend de si la macula était soulevée ou non), souvent partielle dans les rétinopathies diabétiques proliférantes compliquées.

Pourquoi la cataracte apparaît-elle si souvent après une vitrectomie ?

Le retrait du vitré modifie l’environnement métabolique et oxydant du cristallin. Chez le patient phaque de plus de 50 ans, une cataracte nucléaire apparaît dans 60-90 % des cas dans les 12 à 24 mois. C’est pour cela qu’une chirurgie combinée phaco-vitrectomie est souvent proposée lorsque la cataracte est déjà débutante.

Peut-on reprendre l’avion après une vitrectomie ?

Non, tant qu’une bulle de gaz persiste. L’altitude fait augmenter le volume du gaz et peut provoquer une hypertonie majeure. Les délais de résorption sont indicatifs ; les consignes de votre chirurgien priment pour organiser votre retour. Si l’intervention a été faite sous huile de silicone, discutez également avec votre chirurgien de l’organisation du retour et du suivi.

Combien de temps d’arrêt de travail prévoir ?

La durée dépend de votre profession et de la technique utilisée (avec ou sans gaz, posture post-opératoire, cas complexes). Un arrêt de travail adapté est systématiquement remis le jour de l’intervention.

Faut-il arrêter les anticoagulants avant l’intervention ?

Dans la grande majorité des cas, il n’est pas nécessaire d’arrêter un traitement anticoagulant ou antiagrégant : la vitrectomie 25G ou 27G par micro-incisions est peu hémorragique. La conduite précise est fixée lors de la consultation d’anesthésie, en lien avec votre cardiologue ou votre médecin traitant. Ne modifiez jamais votre traitement de vous-même.

L’intervention est-elle prise en charge par la Sécurité sociale ?

Oui. La vitrectomie (codes CCAM BGFA009 / BGFA003 / BGFA008 selon l’indication) est un acte intégralement pris en charge par l’Assurance Maladie sur la base des tarifs conventionnels. Un devis détaillé (base de remboursement et dépassements d’honoraires éventuels) est remis avant l’intervention conformément à la réglementation.

Peut-on opérer les deux yeux en même temps ?

Non. La vitrectomie est pratiquée un œil à la fois, et les deux yeux ne sont jamais opérés au cours du même temps opératoire. Un délai d’au moins quelques semaines est respecté entre les deux yeux lorsqu’une bilatéralisation est nécessaire, afin de limiter les conséquences fonctionnelles (vision transitoirement basse avec la bulle de gaz) et de sécuriser la prise en charge en cas de complication.

Auteur et révision médicale

Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d’Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d’Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.

Contenu rédigé et revu selon les recommandations de la Société Française d’Ophtalmologie (SFO) (nouvelle fenêtre) et de l’EURETINA (European Society of Retina Specialists) (nouvelle fenêtre).
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Consultation pré-opératoire de vitrectomie

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Cette page a un but d’information et ne se substitue pas à une consultation médicale.