La membrane épirétinienne (MER), également appelée pucker maculaire ou cellophane maculaire, est une fine prolifération fibrocellulaire qui se développe à la surface interne de la rétine, le plus souvent au niveau de la macula. En se contractant, cette membrane plisse la rétine centrale et altère la qualité de la vision, entraînant des métamorphopsies (lignes droites déformées) et une baisse progressive de l'acuité visuelle.

7 à 11 %
Prévalence après 60 ans
10 à 30 %
Atteinte bilatérale
80 à 90 %
Amélioration après chirurgie

Qu'est-ce qu'une membrane épirétinienne ?

Il s'agit d'une pellicule fibrocellulaire formée par la prolifération de cellules (cellules gliales, hyalocytes, cellules de l'épithélium pigmentaire rétinien) à la surface de la macula. Cette membrane exerce une traction tangentielle et antéropostérieure sur la rétine, créant un plissement qui perturbe l'organisation des photorécepteurs.

Deux grandes formes étiologiques

Forme idiopathique — la plus fréquente

Elle survient après 60 ans dans un contexte de décollement postérieur du vitré et constitue la forme la plus courante. On considère qu'elle fait suite à un passage de cellules gliales à la surface rétinienne à la faveur de microdéhiscences de la membrane limitante interne.

Forme secondaire

Elle complique une autre affection oculaire : déchirure ou décollement de rétine opéré, rétinopathie diabétique, occlusion veineuse rétinienne, uvéite postérieure, traumatisme oculaire, ou encore chirurgie oculaire antérieure.

Quels symptômes ?

  • Métamorphopsies : les lignes droites (encadrements de portes, rayons de bibliothèque) apparaissent ondulées. C'est très souvent le premier symptôme.
  • Baisse d'acuité visuelle progressive de l'œil atteint.
  • Macropsie : sensation que les objets vus par l'œil atteint paraissent plus grands que par l'autre œil.
  • Diplopie monoculaire (dédoublement de l'image d'un seul œil) : plus rare.
  • Aucune douleur ni rougeur : la MER est toujours indolore.

Diagnostic : l'OCT est l'examen clé

Le diagnostic repose sur :

  • Le fond d'œil après dilatation pupillaire : reflet brillant à la surface rétinienne, plis rétiniens, tortuosité vasculaire paramaculaire.
  • L'OCT maculaire : examen de référence. Il visualise directement la membrane hyperréflective en surface, quantifie l'épaisseur fovéolaire, recherche un œdème, une désorganisation des couches rétiniennes internes et une traction vitréomaculaire associée.

La classification OCT de Govetto (2017) en 4 stades — basée notamment sur la présence d'ectopic inner foveal layers — permet de stratifier la sévérité et d'aider à l'indication opératoire :

  • Stade 1 : dépression fovéolaire conservée, pas de ectopic inner foveal layers.
  • Stade 2 : perte de la dépression fovéolaire, pas de ectopic inner foveal layers.
  • Stade 3 : apparition des ectopic inner foveal layers — vision souvent ≤ 5/10.
  • Stade 4 : ectopic inner foveal layers + désorganisation marquée des couches rétiniennes — pronostic moins favorable.

Quand opérer une membrane épirétinienne ?

⚠ Toutes les MER ne s'opèrent pas : une membrane asymptomatique, de stade précoce, ne justifie qu'une surveillance OCT semestrielle. L'indication chirurgicale est posée sur le retentissement fonctionnel et non sur la seule image OCT.

Les indications opératoires classiques sont :

  • Baisse d'acuité visuelle significative (généralement ≤ 5/10).
  • Métamorphopsies gênantes dans la vie quotidienne (lecture, conduite, travail).
  • Désorganisation architecturale de la fovéa en OCT (stades 3-4 de Govetto).
  • Évolution documentée à l'OCT : épaississement fovéolaire progressif, apparition de kystes.

La chirurgie : vitrectomie + pelage MER + pelage MLI

La chirurgie est réalisée en ambulatoire, sous anesthésie locorégionale ou générale, et dure 30 à 45 minutes. Les étapes sont :

  1. Vitrectomie postérieure 25G ou 27G par trois trocarts de petit calibre, sans suture.
  2. Pelage de la membrane épirétinienne à la pince microchirurgicale.
  3. Pelage complémentaire de la membrane limitante interne (MLI) après coloration par un colorant vital (bleu brillant en première intention). Cette association MER + MLI est devenue la technique de référence car elle diminue le risque de récidive.
  4. Habituellement, pas de tamponnement par gaz ni de positionnement postural, sauf en cas d'association à un trou maculaire.

Une chirurgie combinée cataracte + MER est fréquemment proposée chez les patients phaques de plus de 50 ans, pour éviter la cataracte quasi systématique qui survient après vitrectomie.

Résultats et récupération

  • Amélioration de l'acuité visuelle dans 80 à 90 % des cas, avec un gain moyen de 2 lignes.
  • Récupération progressive sur 3 à 6 mois.
  • Les métamorphopsies régressent plus lentement et partiellement : elles peuvent persister à un degré modéré.
  • Récidive rare (< 5 %) lorsque le pelage associe MER + MLI.
  • Complications rares : déchirure rétinienne (2-3 %), décollement de rétine post-opératoire (< 2 %), endophtalmie (< 0,1 %).

Questions fréquentes des patients

Faut-il toujours opérer une membrane épirétinienne ?

Non. Lorsque la membrane est fine, peu symptomatique et que l'acuité visuelle reste satisfaisante, une simple surveillance par OCT tous les 6 à 12 mois est recommandée. L'indication opératoire est posée en présence de métamorphopsies invalidantes, d'une baisse d'acuité significative ou d'une désorganisation architecturale de la fovéa sur l'OCT.

Combien de temps pour récupérer la vision après la chirurgie ?

La récupération est progressive sur 3 à 6 mois. L'amélioration de l'acuité visuelle est observée dans 80 à 90 % des cas, avec un gain moyen de 2 lignes. Les métamorphopsies régressent plus lentement et partiellement.

Faut-il rester face vers le bas après l'opération ?

Non. Contrairement à la chirurgie du trou maculaire, la chirurgie d'une membrane épirétinienne isolée ne nécessite habituellement pas de tamponnement par gaz ni de positionnement postural. Seule une association à un trou maculaire impose un tamponnement gazeux et un positionnement face vers le bas.

La membrane peut-elle récidiver après la chirurgie ?

La récidive est rare (< 5 %) lorsque le pelage associe la membrane épirétinienne et la membrane limitante interne. Cette association est devenue la technique de référence pour limiter le risque de reprolifération.

Aurai-je besoin d'une chirurgie de la cataracte après ?

Chez un patient phaque de plus de 50 ans, une cataracte nucléaire apparaît dans 70 à 90 % des cas dans les 12 à 24 mois post-vitrectomie. Une chirurgie combinée (vitrectomie + phacoémulsification + implant) peut être proposée en un temps, évitant la seconde intervention.

Auteur et révision médicale

Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien Ophtalmologue, Rétinologue. Ancien interne des Hôpitaux de Paris, titulaire du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024) et du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022. Praticien Contractuel au CHNO des Quinze-Vingts (service du Pr Christophe Baudouin).

RPPS : 10101500121 — ORCID : 0000-0003-1116-1937
Contenu rédigé et revu selon les recommandations de la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) et de l'EURETINA.
Dernière révision : 18 avril 2026.

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