La photokératite est une brûlure aiguë de la cornée provoquée par les rayons ultraviolets (principalement UVB, 280-315 nm). Équivalent oculaire du « coup de soleil » cutané, elle survient après une exposition intense et non protégée : neige de haute montagne, réverbération sur la mer ou le sable, soudage à l'arc sans masque (« coup d'arc »), cabines de bronzage, lampes germicides UVC défectueuses ou observation d'une éclipse solaire à l'œil nu.

6-12 h
Délai d'apparition des symptômes
24-72 h
Durée habituelle de guérison
UVB
Longueur d'onde principalement responsable

Qu'est-ce que la photokératite ?

Les rayons ultraviolets (UVA et surtout UVB) sont absorbés par l'épithélium cornéen, couche superficielle transparente qui recouvre la cornée. Au-delà d'une certaine dose cumulée, les cellules épithéliales meurent en masse puis desquament, mettant à nu des terminaisons nerveuses très sensibles. C'est ce mécanisme qui explique la douleur intense et retardée, caractéristique de la photokératite.

La neige réfléchit jusqu'à 80 % du rayonnement UV, contre 10-25 % pour le sable et l'eau. Une exposition d'une journée en haute montagne ou sur un glacier sans protection adaptée suffit à provoquer une kératite sévère. Le coup d'arc du soudeur peut survenir en quelques minutes d'exposition au rayonnement UV émis par l'arc électrique.

Les circonstances typiques

Ophtalmie des neiges / cécité des neiges

Forme la plus fréquente en France. Survient après une journée de ski, d'alpinisme ou de randonnée en altitude sans lunettes à filtre UV catégorie 3 ou 4. Les symptômes apparaissent en soirée ou pendant la nuit, souvent au retour en vallée ou au refuge. L'atteinte est habituellement bilatérale.

Coup d'arc du soudeur

Forme professionnelle classique, survenant après exposition à l'arc de soudage sans masque adapté, y compris par exposition indirecte (passage à proximité d'un chantier de soudure). L'atteinte est souvent unilatérale si un seul côté a été exposé. Maladie professionnelle reconnue dans certains régimes.

Exposition artificielle

Cabine de bronzage sans lunettes obscures fournies, lampes germicides UVC défectueuses (diffusion notable observée en période post-COVID), lampes noires de discothèque trop proches, observation d'une éclipse solaire à l'œil nu ou avec filtres artisanaux non conformes.

Symptômes

Le diagnostic repose sur l'interrogatoire (notion d'exposition UV récente) et sur la symptomatologie, typiquement bilatérale et retardée de 6 à 12 heures après l'exposition :

  • Douleur oculaire intense, à type de brûlure ou de « grains de sable » sous les paupières.
  • Photophobie majeure : le patient ne supporte plus la lumière, ferme les yeux, pleure.
  • Larmoiement réflexe abondant et blépharospasme (clignement involontaire).
  • Rougeur oculaire (hyperhémie conjonctivale), parfois œdème palpébral.
  • Baisse transitoire de l'acuité visuelle, vision floue, halos autour des lumières.
  • Céphalées, fébricule, nausées possibles dans les formes intenses.
⚠ Consultation rapide nécessaire si : douleur très intense non soulagée par les antalgiques usuels, baisse marquée de la vision, symptômes persistant au-delà de 48-72 heures, ou notion de corps étranger (éclat métallique) concomitant. Ces situations justifient une évaluation en consultation d'ophtalmologie pour éliminer une kératite infectieuse ou une abrasion traumatique associée.

Diagnostic à la lampe à fente

L'examen à la lampe à fente après instillation de fluorescéine confirme le diagnostic : il met en évidence une kératite ponctuée superficielle diffuse, prédominant dans la zone interpalpébrale (partie de la cornée non protégée par les paupières). La réaction inflammatoire conjonctivale est habituelle. La pupille est normale ou légèrement rétrécie par photophobie.

Aucun examen complémentaire n'est nécessaire en routine. L'examen vise surtout à éliminer les diagnostics différentiels : kératite herpétique (dendrite caractéristique), abrasion par corps étranger, kératoconjonctivite toxique.

Traitement

La prise en charge est symptomatique — la cornée cicatrise spontanément en 24 à 72 heures grâce à la très haute capacité de régénération de l'épithélium cornéen. Le traitement vise à soulager la douleur et à prévenir une surinfection :

  • Collyres lubrifiants sans conservateur à administrer largement (toutes les heures en phase aiguë).
  • Pommade cicatrisante à la vitamine A le soir, ou pommade antibiotique prophylactique en cas d'érosion épithéliale étendue (risque d'abcès bactérien secondaire).
  • Antalgiques par voie orale (paracétamol, AINS oraux) — les douleurs peuvent justifier des opioïdes faibles pendant 24 h.
  • Collyre cycloplégique (atropine, tropicamide, cyclopentolate) en cas de photophobie intense ou de réaction inflammatoire de chambre antérieure.
  • Retrait des lentilles de contact jusqu'à cicatrisation complète.
  • Obscurité relative, lunettes teintées, compresses froides en alternance.
⚠ Pas de corticoïdes en automédication. Les collyres corticoïdes (dexaméthasone, prednisolone) sont contre-indiqués sans avis ophtalmologique : sur une cornée dont l'épithélium est lésé, ils peuvent précipiter une kératite herpétique ou fongique grave et retarder la cicatrisation.

Prévention

La prévention est essentielle : les expositions UV répétées augmentent à long terme le risque de cataracte, de ptérygion, de DMLA et de carcinomes cutanés des paupières.

  • Lunettes de soleil avec marquage CE et mention UV 400 (protection totale jusqu'à 400 nm), catégorie adaptée à l'usage : catégorie 2-3 en usage courant, catégorie 3-4 en montagne, mer tropicale ou désert.
  • Lunettes de glacier avec protections latérales en haute montagne ou sur neige.
  • Masque de soudeur conforme à la norme EN 175 (protection faciale) avec filtre EN 169 à teinte adaptée au type d'opération.
  • Lunettes obscures obligatoires en cabine de bronzage — et rappel que le bronzage UV artificiel est déconseillé par l'OMS.
  • Jamais d'observation d'une éclipse solaire sans filtres certifiés ISO 12312-2.
  • Chez l'enfant, les yeux sont plus vulnérables (cristallin plus transparent aux UV) : lunettes UV systématiques dès la petite enfance en extérieur intense.

Cité dans la presse

Le Dr Alexandre Majoulet est intervenu sur la photokératite dans l'article « Coups de soleil sur les yeux : la photokératite, cet accident estival méconnu » de Marie Claire, rédigé par Ariane De Wilde.

Marie Claire — 30 juin 2024.

Questions fréquentes des patients

Pourquoi la douleur apparaît-elle plusieurs heures après l'exposition ?

Les UVB détruisent progressivement l'épithélium cornéen. La symptomatologie n'apparaît qu'au moment de la desquamation des cellules lésées, 6 à 12 heures après l'exposition. Ce décalage est très caractéristique : on se pense indemne en fin de journée, la crise survient en soirée ou la nuit.

Faut-il consulter en urgence ou attendre ?

Une consultation ophtalmologique est recommandée pour confirmer le diagnostic et éliminer d'autres causes (corps étranger, kératite infectieuse). La guérison est habituellement spontanée en 24 à 72 heures. Une consultation sans délai s'impose si la douleur est très intense, si la vision baisse franchement, ou si la symptomatologie persiste au-delà de 48-72 heures.

La photokératite peut-elle rendre aveugle ?

Non, la photokératite est une atteinte superficielle de l'épithélium cornéen qui guérit sans séquelle en 24 à 72 heures. En revanche, les expositions UV répétées sans protection majorent à long terme le risque de cataracte, de ptérygion et de DMLA. La prévention est donc un enjeu non seulement aigu mais chronique.

Les corticoïdes soulagent-ils plus vite ?

Les corticoïdes en collyre ne doivent jamais être pris en automédication. Sur une cornée lésée, ils exposent à un retard de cicatrisation et à une surinfection herpétique potentiellement grave. Le soulagement repose sur les lubrifiants, le port de lunettes teintées, l'obscurité, et une antalgie par voie orale.

Quelles lunettes protègent efficacement ?

Toute lunette de soleil doit porter le marquage CE et la mention UV 400 (blocage intégral des UVA/UVB jusqu'à 400 nm). La catégorie du verre dépend de l'usage : catégorie 2-3 pour un usage courant, catégorie 4 pour la haute montagne ou la mer tropicale. Les lunettes bon marché sans filtre UV sont plus dangereuses qu'une absence de lunettes, car la pupille dilatée à l'ombre du verre laisse entrer davantage d'UV.

Auteur et révision médicale

Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.

Contenu rédigé et revu selon les recommandations de la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) et de l'American Academy of Ophthalmology (AAO).
RPPS : 10101500121 — Dernière révision : 22 avril 2026.

Consultation après exposition UV intense

Si vous présentez une douleur oculaire intense, une photophobie majeure ou une baisse visuelle après une journée de montagne, de mer ou un épisode de soudage, consultez rapidement. Un examen à la lampe à fente confirme le diagnostic et permet de prescrire un traitement adapté.

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Cette page a un but d'information et ne se substitue pas à une consultation médicale.