Le ptérygion est une prolifération fibro-vasculaire triangulaire de la conjonctive qui envahit progressivement la cornée, le plus souvent à partir du limbe nasal. Favorisé par l'exposition chronique aux UV, au vent et à la poussière, il apparaît classiquement chez les personnes de plus de 40 ans exerçant ou ayant exercé en plein air (marins, agriculteurs, BTP, surfeurs, expatriés de zones équatoriales). Sa prise en charge combine une protection UV systématique, un traitement médical des poussées inflammatoires, et une exérèse chirurgicale avec autogreffe conjonctivale dans les formes évoluées ou symptomatiques.

Nasal
Localisation la plus fréquente (sur le blanc de l'œil côté nez)
UV
Principal facteur de risque évitable
5-10 %
Taux de récidive après autogreffe conjonctivale

Symptômes

Le ptérygion est reconnaissable à l'œil nu : un voile triangulaire rouge-rosé qui s'avance depuis le coin interne (nasal) de l'œil vers la cornée. Selon son stade évolutif :

  • Gêne esthétique — souvent la première plainte, surtout chez la femme jeune.
  • Sensation de corps étranger, de gêne oculaire chronique, parfois picotements.
  • Rougeur oculaire chronique, exacerbée lors des expositions UV ou par le vent.
  • Poussées inflammatoires épisodiques : rougeur intense, larmoiement, photophobie.
  • Astigmatisme irrégulier induit par la traction du ptérygion sur la cornée, pouvant générer une baisse d'acuité visuelle.
  • Invasion de l'axe visuel dans les formes évoluées : opacification centrale et baisse visuelle sévère.

Diagnostic

Le diagnostic est clinique, à la lampe à fente. L'ophtalmologue évalue :

  • La taille du ptérygion et sa distance à l'axe visuel (empiètement cornéen en mm).
  • Le caractère inflammatoire ou quiescent.
  • L'astigmatisme induit (kératométrie, topographie cornéenne).
  • Le retentissement visuel (acuité visuelle avec et sans correction).
  • L'état de la cornée sous-jacente (dellen, cicatrices, opacification).
  • Les facteurs de surface associés : sécheresse, blépharite — à traiter conjointement.

Un diagnostic différentiel doit être évoqué devant une lésion atypique : pinguécula (petite lésion jaunâtre du limbe sans envahissement cornéen), carcinome conjonctival (lésion blanchâtre épaisse, plus suspecte après 60 ans), dysplasie cornéenne (OSSN).

Traitement médical

Les petits ptérygions asymptomatiques ne nécessitent pas de chirurgie. Le traitement médical vise à :

  • Protéger de l'exposition UV au long cours : lunettes solaires filtrantes, chapeau, évitement des expositions intenses.
  • Lubrifier la surface : larmes artificielles sans conservateur, plusieurs fois par jour.
  • Calmer les poussées inflammatoires : collyres AINS ou corticoïdes faibles (fluorométholone) en cure courte, sur prescription.

Indications chirurgicales

Quatre situations justifient l'exérèse :

1. Menace de l'axe visuel

Lorsque l'apex du ptérygion approche ou atteint l'axe visuel, la chirurgie est indiquée avant que la cornée centrale ne soit envahie et cicatrisée. C'est l'indication principale.

2. Astigmatisme induit significatif

Un astigmatisme > 1,5 à 2 dioptries induit par le ptérygion, avec baisse visuelle, justifie l'intervention. L'astigmatisme régresse au moins partiellement après exérèse.

3. Inflammation chronique invalidante

Poussées inflammatoires fréquentes, rougeur et gêne chroniques résistantes au traitement médical.

4. Gêne esthétique majeure

Indication à discuter au cas par cas, après information claire du patient sur le risque de récidive (5-10 %) et sur la légère rougeur persistante post-opératoire au niveau de la zone greffée.

Technique chirurgicale de référence — exérèse avec autogreffe conjonctivale

L'intervention se déroule au bloc opératoire en ambulatoire, sous anesthésie locale (collyre + injection sous-conjonctivale), généralement complétée d'une légère sédation. Durée moyenne : 20 à 30 minutes. Elle comporte deux temps :

  1. Exérèse du ptérygion : dissection délicate du tissu pathologique depuis la cornée vers la sclère. La cornée est soigneusement nettoyée et lissée. Évitement de la sclère nue (technique historique abandonnée pour cause de récidives majeures).
  2. Autogreffe conjonctivale : prélèvement d'un lambeau de conjonctive saine de l'œil opéré, typiquement sous la paupière supérieure, puis suture ou collage sur la zone d'exérèse par colle de fibrine (sans point) ou fils très fins résorbables. La colle biologique réduit la douleur post-opératoire et raccourcit l'intervention.

En cas de récidive ou de ptérygion très extensif, un traitement adjuvant par mitomycine C (antimétabolite) peut être appliqué localement pour réduire le risque de repousse.

Suites opératoires

  • Arrêt de travail : 3 à 7 jours selon la profession (plus long si métier exposé).
  • Œil rouge, larmoiement, sensation de corps étranger les premiers jours, amélioration progressive.
  • Collyres : antibiotique (1 à 2 semaines) + corticoïde à dose décroissante (4 à 6 semaines) + larmes artificielles au long cours.
  • Reprise du sport à 2-3 semaines, piscine et plongée à 1 mois.
  • Protection UV stricte pendant 3 mois minimum puis au long cours pour prévenir la récidive.
  • Consultation de contrôle à J1, J7-10, 1 mois puis 3 mois.
Protection solaire indispensable au long cours. La récidive après chirurgie reste la complication la plus redoutée. La principale prévention — au-delà de la technique chirurgicale — reste le port systématique de lunettes solaires anti-UV couvrantes, y compris après l'opération.

Questions fréquentes

À partir de quand faut-il opérer un ptérygion ?

Quatre situations justifient la chirurgie : un ptérygion qui menace ou envahit l'axe visuel, un astigmatisme induit responsable d'une baisse de vision, des poussées inflammatoires récurrentes invalidantes, ou une gêne esthétique importante. Un petit ptérygion stable asymptomatique ne nécessite pas d'opération, seulement une surveillance et une protection UV.

Comment se passe l'opération ?

Sous anesthésie locale, en ambulatoire, en 20 à 30 minutes. Exérèse du tissu pathologique, puis autogreffe de conjonctive saine prélevée sur l'œil opéré (sous la paupière supérieure) et fixée par de la colle biologique ou des points résorbables très fins.

Quels sont les risques de récidive ?

Avec l'autogreffe conjonctivale (standard actuel), le taux de récidive est de 5 à 10 %, contre 30 à 80 % pour l'ancienne technique à sclère nue (abandonnée). Les récidives sont plus fréquentes chez les patients < 40 ans, très exposés aux UV ou à forte pigmentation. En cas de récidive, un traitement adjuvant par mitomycine C peut être associé.

Quelles sont les suites opératoires ?

Arrêt de travail de 3 à 7 jours. Œil rouge et sensation de corps étranger les premiers jours. Collyres antibiotique + anti-inflammatoire pendant 4 à 6 semaines. Reprise du sport à 2-3 semaines, de la piscine à 1 mois. Protection UV indispensable pour limiter le risque de récidive.

Puis-je éviter d'avoir un ptérygion ?

Oui, partiellement. L'exposition UV chronique est le principal facteur évitable. Porter des lunettes solaires anti-UV couvrantes, un chapeau à large bord, et limiter l'exposition directe aux heures chaudes sont des mesures préventives efficaces. Dans les professions exposées, une protection oculaire adaptée doit être systématique.

Auteur et révision médicale

Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.

Contenu rédigé et revu selon les recommandations de la Société Française d'Ophtalmologie (SFO) et de l'American Academy of Ophthalmology (AAO).
RPPS : 10101500121 — Dernière révision : 22 avril 2026.

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