La conjonctivite est une inflammation de la conjonctive, fine membrane transparente qui recouvre le blanc de l'œil et tapisse l'intérieur des paupières. C'est la cause la plus fréquente d'œil rouge, généralement bénigne, mais trois éléments doivent toujours orienter la prise en charge : identifier la cause (allergique, virale, bactérienne, toxique), écarter une pathologie plus sévère (kératite, uvéite, glaucome aigu) et limiter la contagion pour les formes virales.
Comment différencier les trois formes ?
| Critère | Allergique | Virale | Bactérienne |
|---|---|---|---|
| Atteinte | Bilatérale | Débute 1 œil, 2e en 48-72 h | Unilatérale le + souvent |
| Symptôme principal | Prurit (démangeaison) ++ | Larmoiement clair, picotements | Sécrétions purulentes |
| Sécrétions | Claires, filantes | Claires, abondantes | Jaunâtres, paupières collées au réveil |
| Contexte | Allergies, pollens, acariens | Rhino-pharyngite, contage | Parfois associée à une rhinite |
| Ganglion pré-auriculaire | Absent | Souvent présent | Absent (sauf forme sévère) |
| Contagiosité | Non | Très élevée (10-14 j) | Modérée |
Les formes détaillées
Conjonctivite allergique
Liée à une hypersensibilité IgE-médiée (pollens, acariens, poils d'animaux, maquillage, solutions de lentilles). Typiquement bilatérale avec démangeaison majeure, chémosis (œdème de la conjonctive en « gelée »), œdème palpébral, larmoiement clair filant. Souvent associée à une rhinite (rhino-conjonctivite).
Traitement : éviction de l'allergène quand possible, antihistaminiques topiques (olopatadine, lévocabastine), stabilisateurs des mastocytes (cromoglicate de sodium), lavages au sérum physiologique frais, larmes artificielles. Les formes sévères (kérato-conjonctivite vernale, atopique) nécessitent un suivi ophtalmologique spécialisé.
Conjonctivite virale (essentiellement adénovirus)
Très fréquente, très contagieuse par contact direct ou indirect (mains, surfaces, serviettes), souvent épidémique (collectivités, bureaux, écoles). Débute sur un œil, l'autre s'atteint en 48-72 h. Ganglion pré-auriculaire fréquent. Contexte ORL (angine, rhinite) évocateur. Durée moyenne : 7 à 14 jours, parfois traînante.
Traitement : pas d'antiviral spécifique. Lavages fréquents au sérum physiologique, larmes artificielles sans conservateur, compresses fraîches, parfois antiseptiques (picloxydine, héxamidine) pour prévenir une surinfection. Mesures d'hygiène strictes (lavage des mains, serviettes individuelles). Éviction scolaire temporaire. Attention aux formes sévères avec atteinte cornéenne (kérato-conjonctivite à adénovirus) qui peuvent laisser des opacités cornéennes.
Conjonctivite bactérienne
Fréquente chez l'enfant. Germes : Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae, Haemophilus influenzae. Tableau : sécrétions purulentes jaunâtres, paupières collées le matin, rougeur diffuse.
Traitement : la majorité évolue spontanément favorablement en 7-10 jours. Un antibiotique topique (acide fusidique, rifamycine, tobramycine) peut être prescrit pour raccourcir l'évolution et limiter la contagiosité. Formes particulières : gonocoque chez le nouveau-né ou l'adulte jeune (urgence, hyperpurulence), Chlamydia (conjonctivite traînante à inclusions) nécessitant une antibiothérapie systémique.
Signes d'alerte — quand consulter en urgence
- Douleur oculaire vraie (pas une gêne ou picotement).
- Baisse de l'acuité visuelle.
- Photophobie marquée.
- Port de lentilles de contact + œil rouge douloureux.
- Œil rouge unilatéral d'installation brutale.
- Persistance au-delà de 7-10 jours malgré traitement.
- Tache blanche visible sur la cornée.
Diagnostic
Le diagnostic est avant tout clinique et repose sur l'examen à la lampe à fente. L'ophtalmologue vérifie l'absence de signe évoquant une affection plus sévère (test à la fluorescéine, mesure de la pression oculaire, examen de la chambre antérieure et du fond d'œil si besoin). Des prélèvements microbiologiques (culture, PCR) ne sont réalisés qu'en cas de forme sévère, chronique, résistante ou néonatale.
Conseils pratiques et prévention
- Lavage des mains très fréquent, serviettes et taies d'oreiller individuelles.
- Ne pas partager maquillage, collyres ni étui à lentilles avec un proche.
- Arrêt des lentilles dès l'apparition des symptômes, reprise avec du matériel neuf après guérison (voir fiche lentilles).
- Éviter la piscine, les saunas et jacuzzis pendant l'épisode (forme virale).
- Jamais de collyres à la cortisone en automédication : risque de masquer une kératite herpétique ou une uvéite.
- En cas de conjonctivite allergique récurrente, un bilan allergologique peut être utile pour identifier et éviter les allergènes.
Questions fréquentes
Comment savoir si ma conjonctivite est virale ou bactérienne ?
La forme bactérienne donne typiquement des sécrétions purulentes jaunâtres qui collent les paupières au réveil, sans symptômes ORL associés. La forme virale produit plutôt des sécrétions claires, est très contagieuse, souvent bilatérale après quelques jours et associée à un rhume ou à un ganglion devant l'oreille. En cas de doute ou d'évolution > 10 jours, consultez.
La conjonctivite est-elle contagieuse ?
Les formes virales (adénovirus) sont très contagieuses pendant 10 à 14 jours par contact direct ou indirect. Les formes bactériennes sont également transmissibles. La forme allergique, non. Hygiène des mains, serviettes individuelles et éviction scolaire temporaire sont recommandées.
Quand dois-je consulter en urgence ?
Devant une douleur oculaire vraie, une baisse visuelle, une photophobie marquée, le port de lentilles, une tache blanche sur la cornée, ou une évolution > 7-10 jours malgré traitement. Ces signes évoquent une kératite, une uvéite ou un glaucome aigu plutôt qu'une simple conjonctivite.
Dois-je arrêter mes lentilles ?
Oui, systématiquement, jusqu'à guérison complète et 24 à 48 h après l'arrêt du traitement. Reprenez avec des lentilles neuves et un étui neuf (les lentilles et l'étui peuvent rester contaminés). Privilégiez les lunettes pendant l'épisode et évitez le maquillage.
Peut-on mettre des collyres à la cortisone ?
Non, jamais en automédication. Les corticoïdes peuvent aggraver dramatiquement une kératite herpétique ou amibienne passée inaperçue, déclencher un glaucome cortisonique ou favoriser une cataracte. Ils ne se prescrivent qu'après examen à la lampe à fente confirmant l'absence d'infection cornéenne active.
Auteur et révision médicale
Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.
Œil rouge persistant ou inhabituel ?
Un examen ophtalmologique permet d'identifier précisément la cause, d'écarter une pathologie plus sévère et de prescrire le traitement adapté. Prise de rendez-vous en ligne avec le Dr Majoulet, à Boulogne-Billancourt.
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