La DMLA sèche (ou atrophique) est la forme la plus fréquente de la dégénérescence maculaire liée à l'âge : 80 à 85 % des cas. Elle évolue lentement, sur des années, par disparition progressive des cellules visuelles de la macula. Il n'existe pas encore de traitement autorisé en France pour cette forme, mais une prise en charge structurée — surveillance, compléments dans certaines formes, autosurveillance — permet d'agir sur son évolution et de traiter sans délai une éventuelle complication.
Le mécanisme : des drusen à l'atrophie
Avec l'âge, des dépôts appelés drusen s'accumulent sous la rétine centrale et perturbent les échanges entre les photorécepteurs et leur couche nourricière (épithélium pigmentaire). Dans la forme sèche, ces cellules disparaissent progressivement par plaques : c'est l'atrophie. Contrairement à la forme humide, il n'y a ni néovaisseaux, ni œdème, ni saignement — et donc pas d'indication aux injections d'anti-VEGF tant que la forme reste purement atrophique.
Évolution et stades
- Maculopathie débutante : drusen isolés, vision conservée, souvent découverte lors d'un fond d'œil systématique.
- Forme intermédiaire : drusen plus nombreux et volumineux, altérations pigmentaires ; gêne discrète (besoin de lumière, lecture moins fluide).
- Atrophie géographique : plages d'atrophie confluentes ; scotomes gênant la lecture, puis atteinte du centre de la macula avec baisse d'acuité marquée.
L'évolution est très variable d'une personne à l'autre — souvent sur 5 à 10 ans ou plus. La vision périphérique est toujours préservée : la DMLA sèche ne rend pas aveugle au sens strict.
Pourquoi n'y a-t-il pas encore de traitement en France ?
Deux médicaments (inhibiteurs du complément en injection intravitréenne) ont été approuvés aux États-Unis pour l'atrophie géographique : ils ralentissent la progression des lésions sans restaurer la vision perdue. L'agence européenne du médicament (EMA) a estimé que leur bénéfice clinique démontré était insuffisant au regard de leurs risques et n'a pas délivré d'autorisation en Europe. La recherche reste très active (nouvelles molécules, thérapie génique, rétine artificielle dans les formes évoluées) ; cette page sera mise à jour si un traitement devient disponible en France.
Ce que l'on peut faire aujourd'hui
Compléments AREDS2 — dans les formes intermédiaires
La formule AREDS2 (vitamines C et E, zinc, lutéine, zéaxanthine) a démontré une réduction du risque de progression vers une forme évoluée d'environ 25 % dans les formes intermédiaires. Elle se prend sur prescription, au long cours ; elle n'a pas d'intérêt démontré aux stades très précoces ni en prévention chez le sujet sain.
Hygiène de vie
Arrêt du tabac (facteur de progression majeur), alimentation riche en légumes verts et poissons gras, protection solaire, activité physique et contrôle des facteurs cardiovasculaires.
Surveillance au cabinet : OCT tous les 6 mois
Un OCT maculaire semestriel, réalisé sur place au cabinet, permet de suivre l'évolution des drusen et de l'atrophie, et surtout de dépister tôt une conversion vers la forme humide. Le rythme est adapté au stade et resserré en cas de signe d'activité.
Autosurveillance quotidienne : la grille d'Amsler
Le test de la grille d'Amsler, une fois par jour, chaque œil séparément, est le meilleur moyen de détecter entre deux consultations une déformation nouvelle des lignes — premier signe d'une éventuelle complication néovasculaire.
Basse vision : garder l'autonomie
Dans les formes évoluées touchant le centre de la macula, la rééducation basse vision (orthoptie, aides optiques et électroniques, éclairage adapté) permet d'exploiter la rétine périphérique préservée et de maintenir lecture et autonomie. Un accompagnement est organisé avec les orthoptistes et opticiens spécialisés du réseau.
Questions fréquentes
La DMLA sèche devient-elle toujours humide ?
Non. La majorité des DMLA sèches restent atrophiques. La conversion néovasculaire est cependant possible à tout moment, d'où l'autosurveillance quotidienne par la grille d'Amsler et la surveillance OCT semestrielle : traitée tôt, la forme humide se contrôle d'autant mieux.
Les compléments alimentaires sont-ils utiles ?
La formule AREDS2 a un bénéfice démontré uniquement dans les formes intermédiaires (réduction d'environ 25 % du risque de progression). Les autres compléments « pour la vue » n'ont pas fait cette preuve. Parlez-en en consultation plutôt que d'acheter au hasard.
Un traitement existe aux États-Unis : puis-je en bénéficier ?
Les inhibiteurs du complément approuvés aux États-Unis n'ont pas d'autorisation européenne : l'EMA a jugé leur rapport bénéfice/risque insuffisant (ralentissement anatomique des lésions sans gain visuel démontré, et risque accru de forme humide). Ils ne sont donc pas accessibles en France hors essai clinique.
À quel rythme dois-je être suivi ?
Au cabinet : OCT maculaire tous les 6 mois, rythme adapté au stade. Chez vous : grille d'Amsler une fois par jour, chaque œil séparément, avec consultation sous 48 h en cas de changement.
Auteur et révision médicale
Dr Alexandre Majoulet — Chirurgien ophtalmologue, cofondateur du Cabinet Ophtalife (Boulogne-Billancourt).
Praticien Contractuel au Centre Hospitalier National d'Ophtalmologie des Quinze-Vingts (Paris), ancien Assistant des Hôpitaux de Paris (Quinze-Vingts) et ancien Interne des Hôpitaux de Paris.
Titulaire du DES d'Ophtalmologie (UVSQ, 2023) et du DIU de Chirurgie Vitréo-Rétinienne (Paris-Saclay, 2024). FEBO (Fellow of the European Board of Ophthalmology) depuis 2022.
Suivi de la DMLA sèche au cabinet
Drusen découverts au fond d'œil, DMLA sèche connue, antécédents familiaux : un suivi OCT régulier permet d'agir au bon moment.
Prendre rendez-vous en ligneCette page a un but d'information et ne se substitue pas à une consultation médicale.